Comparatif
Bâche incendie : réserve pompiers ou réserve sprinkler ?

L'essentiel. Une bâche incendie « pompiers » est un point d'eau que les secours viennent pomper avec leurs engins, dimensionné selon le règlement départemental de défense extérieure contre l'incendie. Une réserve de sprinkler alimente en permanence les pompes d'un réseau automatique, selon la règle APSAD R1 ou la NF EN 12845 : même forme possible, mais ni les mêmes volumes, ni les mêmes équipements, ni le même entretien.
Sur un site industriel, la bâche souple posée sur une plateforme ou la cuve métallique à côté du bâtiment se ressemblent. Pourtant, quand l'assureur demande une « réserve d'eau », il faut savoir de quelle réserve il parle. Confondre les deux mène soit à un doublon coûteux, soit à une réserve qui ne satisfait aucun des deux référentiels.
Qu'appelle-t-on une bâche incendie ?
Le terme désigne une réserve d'eau constituée d'une bâche, souvent en PVC, plutôt que d'une cuve chaudronnée. Le référentiel national de la défense extérieure contre l'incendie, annexé à l'arrêté du 15 décembre 2015, la classe parmi les « citernes enterrées, bâches à eau, citernes aériennes et autres réserves fixes ». Ces réserves peuvent être alimentées par les eaux de pluie et de toiture, par une collecte au sol, par un réseau trop faible pour alimenter un poteau d'incendie, ou par un porteur d'eau.
Ce texte fixe plusieurs exigences pratiques : un dispositif permettant de visualiser en permanence la capacité nominale de la réserve, un surdimensionnement pour les bâches régulièrement soumises au gel, et des prises de raccordement utilisables directement et en permanence par les engins des services d'incendie.
La bâche « pompiers » : un point d'eau pour les secours
Dans ce premier usage, la bâche est un point d'eau incendie. Elle ne sert à rien sans engin : ce sont les pompiers qui y aspirent l'eau. Son volume découle du risque à défendre. Le référentiel national donne des quantités indicatives, de 30 m3 pour les risques les plus faibles jusqu'à 120 m3 utilisables en 2 heures pour les risques ordinaires, tout en rappelant que la décision revient au règlement départemental. Quand la réserve est réalimentée automatiquement par un réseau sous pression, le volume prescrit peut être réduit du double du débit horaire d'appoint, dans la limite d'une capacité minimale de 30 m3.

Pour un entrepôt relevant de la rubrique ICPE 1510, l'arrêté du 11 avril 2017 va plus loin. Il demande des points d'eau incendie, parmi lesquels des réserves d'eau dont les organes de manœuvre restent accessibles en permanence aux secours, avec l'accès extérieur de chaque cellule à moins de 100 mètres d'un point d'eau et des points distants entre eux de 150 mètres au plus. Le volume à prévoir se calcule avec le guide D9, dans la limite de 720 m3 par heure durant deux heures.
La réserve sprinkler : la source d'eau d'un réseau automatique
Dans le second usage, la réserve fait partie de l'installation d'extinction. Elle alimente des pompes, en permanence, sans aucune intervention humaine. La règle APSAD R1 lui consacre plusieurs chapitres : local des sources d'eau, réserves des sources A et B, réserve intégrale, réserve de capacité limitée avec ses dispositifs de réalimentation automatique, protection contre le gel, dispositif d'essai des sources d'eau.
Son volume ne dépend pas du risque « pompiers » mais du calcul hydraulique du réseau : débit des têtes, surface impliquée, durée de fonctionnement exigée par le référentiel. Une réserve de sprinkler peut d'ailleurs prendre la forme d'une bâche en PVC : la brochure ED 828 de l'INRS cite la « réserve avec bâche PVC » parmi les réserves d'eau d'un système sprinkler, aux côtés des réserves chaudronnées et à ciel ouvert. C'est tout le sujet de notre prestation local sprinkler et réserve d'eau.
Ce volume est vérifié dès la naissance du réseau : selon la brochure ED 828, la visite de conformité du CNPP, dans les 60 jours qui suivent la mise en service, porte notamment sur le dimensionnement des sources d'eau. Et si la réserve travaille avec un bac de pression ou un réservoir hydropneumatique, celui-ci fait l'objet d'une requalification périodique, inspection et épreuve hydraulique, tous les 10 ans.
Quelles différences d'entretien entre les deux ?
La réserve de sprinkler s'inscrit dans le calendrier du réseau. La brochure ED 828 prévoit une vérification hebdomadaire des sources d'eau, dont le niveau d'eau, par la personne désignée par l'employeur, et un entretien triennal des réserves d'eau et de leurs accessoires. Un vérificateur certifié contrôle aussi les sources d'eau tous les six mois au plus.
La bâche « pompiers », elle, relève du dispositif de défense extérieure : le référentiel national et le règlement départemental organisent sa création, sa maintenance et ses contrôles. Son premier point de vigilance est la permanence de la capacité nominale : un niveau bas découvert le jour d'un sinistre la rend inutile.
Une seule réserve pour deux usages : possible ?
La tentation est forte sur un site où la place manque. Le principe, rappelé pour la règle R1, est que les sources d'eau peuvent être communes à d'autres moyens d'extinction, à condition de majorer en conséquence le débit des pompes et le volume des réserves. Mais la réserve sprinkler doit rester disponible en totalité pour le réseau automatique, et la réserve pompiers doit rester accessible par aspiration aux engins, avec des prises conformes. Mutualiser suppose donc de cumuler les volumes et de concilier deux logiques de raccordement, ce qui se tranche au cas par cas avec l'assureur et le service d'incendie.
Pour le coût d'un réservoir d'eau anti-incendie et des autres postes d'un réseau, nos fourchettes de prix sourcées donnent les ordres de grandeur publiés. Et si votre assureur ou votre préfecture vous demande une réserve sans préciser laquelle, envoyez-nous le document via notre formulaire : nous identifierons le référentiel visé avant toute étude de volume, y compris pour une installation de sprinklers neuve.
Sources
- Arrêté du 15 décembre 2015 et référentiel national de la défense extérieure contre l'incendie, paragraphes 2.2.2.5 et 2.3 (pages 30 et 31) : interieur.gouv.fr, référentiel DECI
- Arrêté du 11 avril 2017, annexe II, point 13, points d'eau incendie et document D9 : AIDA (INERIS)
- INRS, brochure ED 828, tableau 15.4 « Sprinklers », sources d'eau et réserves (pages 79 et 80) : inrs.fr, ED 828
- CNPP Éditions, sommaire du référentiel APSAD R1, édition 2025, chapitres 8 et 9 : cybel.cnpp.com, APSAD R1
- Wikipédia, « Extincteur automatique à eau », section sur les sources d'eau communes : fr.wikipedia.org


